Le mot apparaît de plus en plus sur les sacs de terreau, avec des promesses qui vont de « sol vivant » à « croissance exceptionnelle ». Nous en utilisons dans nos mélanges Terreau Signature, et nous préparons le lancement de notre propre marque, Olivette Biochar. Autant dire que nous le connaissons de près — et que nous préférons vous dire ce qu’il fait réellement, sans magie.
Ce que c’est, et ce que ce n’est pas
Le biochar est un charbon végétal obtenu en chauffant de la biomasse (bois, noyaux, résidus agricoles) à haute température, avec très peu d’oxygène. Ce procédé s’appelle la pyrolyse. Au lieu de brûler, la matière se transforme en un carbone solide, noir, léger et très poreux.
Il ne faut le confondre ni avec le charbon de barbecue, souvent additionné de liants et de produits d’allumage, ni avec le charbon actif, un charbon traité davantage pour piéger des molécules, utilisé en filtration. Le biochar est destiné au sol.
L’idée n’est pas neuve. En Amazonie, des sols noirs appelés terra preta, enrichis il y a des siècles en charbon et en déchets organiques, sont aujourd’hui encore bien plus fertiles que les terres voisines. Le biochar moderne en est l’héritier.
Ce qu’il fait dans un pot
Son secret, c’est sa structure. Une particule de biochar est criblée de pores minuscules : à volume égal, sa surface est immense. Cela produit plusieurs effets.
- Il retient l’eau dans ses pores et la restitue progressivement, ce qui lisse les écarts entre deux arrosages.
- Il retient les nutriments à sa surface, qui seraient sinon emportés par l’eau d’arrosage à travers les trous de drainage.
- Il garde le substrat aéré. Contrairement à la matière organique qui se décompose et se tasse, le biochar est très stable : il conserve sa structure pendant des années.
- Il abrite la vie microbienne. Ses pores sont un refuge pour les bactéries et les champignons utiles du substrat.
- Il fixe du carbone. Le carbone de la plante, au lieu de retourner à l’atmosphère en se décomposant, reste stocké dans une forme très stable.
Ce qu’il ne fait pas
Il faut le dire clairement, parce que c’est là que les promesses dérapent.
- Ce n’est pas un engrais. Le biochar, tel quel, n’apporte presque aucun nutriment utilisable.
- Il ne remplace pas un bon arrosage ni une bonne lumière. Une plante mal placée ne sera pas sauvée par un additif.
- Son effet est modeste dans un terreau déjà bon. Dans une étude de 2022 menée sur un terreau de qualité, l’ajout de 4 % de biochar a augmenté d’environ 21 % la capacité à retenir l’eau, sans amélioration significative de la croissance des plantes testées. Il aide surtout les substrats pauvres, trop drainants ou qui se tassent.
Le point que beaucoup oublient : il faut le « charger »
Un biochar neuf est « vide » : ses pores ne contiennent ni nutriments ni micro-organismes. Mélangé tel quel à un terreau, il peut au début retenir une partie des nutriments à son profit plutôt qu’à celui de la plante.
On l’évite en le chargeant avant usage : on le laisse tremper un à trois jours dans un thé de compost ou un engrais organique dilué, ou on le mélange à du compost. Il se remplit alors de nutriments et de micro-organismes, et devient un réservoir plutôt qu’un concurrent. C’est l’une des raisons pour lesquelles on l’associe naturellement à du compost dans un mélange — nous y revenons dans notre article sur le compost. Notre thé de compost liquide peut servir à cet usage.
Quelle dose ?
Les recommandations varient selon les sources et le type de biochar, mais le repère le plus courant pour des plantes en pot se situe entre 5 et 10 % du volume du mélange. Certains mélanges en contiennent davantage, jusqu’à une vingtaine de pour cent, mais il faut alors bien connaître son biochar.
Au-delà, les effets secondaires apparaissent. Une étude sur des pots de fleurs a observé qu’avec 15 % de biochar ou plus, la floraison diminuait : le biochar avait fait monter le pH et réduit la disponibilité de l’azote et du phosphore. Le principe est simple : commencez bas.
Attention au pH, surtout avec l’eau du robinet marocaine
Selon la matière première et la température de fabrication, un biochar est neutre, ou plus souvent alcalin. C’est un point à surveiller chez nous : l’eau d’arrosage est déjà calcaire, et elle alcalinise peu à peu le substrat. Cumuler un biochar très alcalin et une eau dure n’est pas idéal pour les plantes qui préfèrent un substrat légèrement acide.
Dans le doute, choisissez un biochar dont le fabricant indique le pH, et restez sur des doses modérées.
Comment reconnaître un biochar de qualité
- Une matière première connue : bois ou biomasse non traités, sans peintures, colles ni résidus chimiques.
- Une granulométrie maîtrisée : ni poussière fine qui encrasse le substrat, ni gros morceaux inadaptés à un petit pot.
- Un pH indiqué, et idéalement des analyses disponibles. Certains biochars sont certifiés, par exemple selon le European Biochar Certificate.
- Une vraie pyrolyse : un bois simplement brûlé à l’air libre n’a pas les mêmes propriétés.
En pratique pour vos plantes
Le biochar se mélange au rempotage, dans le substrat. En saupoudrer la surface d’un pot déjà installé ne sert pas à grand-chose : il ne descendra que très lentement.
Il convient à la plupart des plantes d’intérieur, à doses modérées. Pour les cactus et les succulentes, qui veulent un substrat très drainant, on en met peu ou pas, précisément parce qu’il retient l’eau.
Un substrat qui contient du biochar, du compost ou de la vermiculite retient davantage l’eau qu’un substrat minéral : cela change le rythme d’arrosage. La bonne réponse n’est pas un calendrier, c’est de toucher le terreau — c’est le sujet de notre article sur quand arroser.
Nous utilisons du biochar dans nos mélanges Terreau Signature et préparons le lancement d’Olivette Biochar. Pour choisir un substrat adapté à vos plantes, voir terreau universel ou Terreau Signature, ou passez à l’atelier, 6 rue Zemmour à Rabat.



